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Guide complet

La Formation du Psychanalyste en France

Guide complet sur le parcours pour devenir psychanalyste en France : analyse personnelle, formation théorique, sociétés de psychanalyse, supervision et enjeux actuels d'une profession non réglementée.

Devenir psychanalyste ne relève pas d'un cursus universitaire classique ni d'un diplôme d'État. C'est un parcours profondément personnel et institutionnel à la fois, qui engage le sujet dans une transformation intime avant même qu'il ne puisse prétendre recevoir d'autres en analyse. En France, la formation du psychanalyste se distingue radicalement de celle du psychologue ou du psychiatre : elle repose sur trois piliers fondamentaux — l'analyse personnelle, la formation théorique et la pratique supervisée — et s'inscrit dans le cadre de sociétés et associations de psychanalyse qui portent chacune une orientation doctrinale spécifique. Ce guide propose un panorama complet des voies qui mènent à l'exercice de la psychanalyse dans le contexte français contemporain.

Devenir psychanalyste : un parcours singulier

La question « comment devient-on psychanalyste ? » est aussi ancienne que la psychanalyse elle-même. Sigmund Freud, dès 1910, posait les jalons de ce qui allait devenir un débat permanent au sein du mouvement analytique. Contrairement aux professions médicales ou paramédicales, il n'existe en France aucun diplôme d'État de psychanalyste. Le titre n'est pas protégé par la loi, et aucune formation universitaire ne confère à elle seule le droit de se dire psychanalyste.

Cette singularité tient à la nature même de la psychanalyse. Comme le formulait Jacques Lacan dans sa célèbre « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l'École », le psychanalyste ne s'autorise que de lui-même — formule reprise et discutée depuis lors par l'ensemble des courants analytiques. Cette proposition ne signifie pas que n'importe qui peut s'improviser analyste : elle souligne que la légitimité du praticien repose sur son propre parcours analytique, sur la reconnaissance par ses pairs et sur l'inscription dans une communauté de travail.

Le parcours typique d'un futur psychanalyste en France s'étend généralement sur dix à quinze ans, voire davantage. Il comprend une analyse personnelle approfondie (souvent appelée « analyse didactique » dans certaines traditions), une formation théorique exigeante dispensée par une société ou un institut de psychanalyse, et une pratique clinique sous supervision (dite « contrôle »). À ces trois piliers s'ajoute fréquemment une formation universitaire initiale en psychologie clinique, en psychiatrie, ou plus rarement en philosophie ou en lettres.

Il importe de souligner que ce parcours n'est pas linéaire. L'analyse personnelle commence souvent bien avant toute intention de devenir analyste. C'est dans l'après-coup, au fil du travail analytique, que le désir de pratiquer peut émerger — et c'est précisément ce désir, interrogé et travaillé en analyse, qui constitue le socle de la formation.

L'analyse personnelle (analyse didactique)

L'analyse personnelle constitue le fondement absolu de la formation analytique. Depuis les origines du mouvement psychanalytique, il est admis que nul ne peut conduire une cure sans avoir lui-même traversé l'expérience de l'inconscient sur le divan. Freud l'avait affirmé dès 1912 dans ses « Conseils aux médecins sur le traitement analytique » : l'analyste doit avoir été analysé pour pouvoir écouter sans que ses propres complexes ne fassent obstacle au travail.

Dans la tradition de l'International Psychoanalytical Association (IPA), fondée par Freud en 1910, l'analyse du futur analyste est encadrée par des règles précises. On parle alors d'analyse didactique (Lehranalyse en allemand, training analysis en anglais). L'analysant doit s'engager dans une cure auprès d'un analyste didacticien, c'est-à-dire un praticien reconnu par la société de psychanalyse comme habilité à conduire des analyses de formation. Les sociétés affiliées à l'IPA en France — la Société Psychanalytique de Paris (SPP) et l'Association Psychanalytique de France (APF) — exigent généralement une fréquence de trois à quatre séances par semaine pendant une durée qui dépasse souvent cinq à huit ans.

Dans la tradition lacanienne, le dispositif est différent. Lacan a critiqué le système de l'analyse didactique tel qu'il fonctionnait à l'IPA, dénonçant les effets de pouvoir et de conformisme qu'il engendrait. Il a proposé un dispositif original : la passe, procédure par laquelle un analysant témoigne, auprès de « passeurs » désignés par le sort, du moment de conclusion de son analyse et de son passage à la position d'analyste. Ce témoignage est ensuite évalué par un jury d'agrément ou un cartel de la passe. La passe, instaurée en 1967, reste un dispositif controversé et diversement appliqué au sein des écoles lacaniennes comme l'École de la Cause freudienne (ECF) ou l'École de Psychanalyse des Forums du Champ Lacanien (EPFCL).

Quelle que soit l'orientation, l'analyse personnelle vise plusieurs objectifs convergents : permettre au futur analyste de traverser ses propres symptômes, de repérer les ressorts inconscients de son désir de savoir et de soigner, de faire l'expérience du transfert et de sa résolution, et d'acquérir une connaissance intime des processus psychiques qu'il sera amené à accompagner chez ses patients. C'est ce que Freud nommait la capacité à utiliser son propre inconscient comme « instrument récepteur » tourné vers l'inconscient de l'autre.

La formation théorique : universités et instituts

La formation théorique du psychanalyste emprunte deux voies complémentaires : la voie universitaire et la voie institutionnelle (les instituts et séminaires des sociétés de psychanalyse).

La voie universitaire

Plusieurs universités françaises proposent des cursus intégrant un enseignement substantiel de psychanalyse, principalement au sein des départements de psychologie clinique et psychopathologie. Parmi les formations les plus reconnues, on peut citer :

  • Université Paris Cité (ex-Paris 7 – Denis Diderot) : héritière de l'enseignement de Jean Laplanche et de toute une tradition freudienne et post-freudienne, cette université propose un Master de psychologie clinique d'orientation psychanalytique parmi les plus réputés de France.
  • Université Paris 8 – Vincennes-Saint-Denis : fondée dans le sillage de Mai 68, elle porte une tradition lacanienne forte, avec un département de psychanalyse créé sous l'impulsion de Jacques Lacan lui-même en 1968. Le Département de psychanalyse de Paris 8 reste un lieu d'enseignement et de recherche unique en son genre.
  • Université Aix-Marseille, Université de Lyon 2, Université Toulouse – Jean Jaurès, Université Rennes 2 : ces établissements proposent des formations en psychologie clinique intégrant des enseignements psychanalytiques significatifs, avec des orientations théoriques variées.

Il faut cependant souligner que le diplôme universitaire (Master de psychologie, voire Doctorat) ne confère pas en soi le titre de psychanalyste. Il permet en revanche d'obtenir le titre de psychologue, profession réglementée et protégée par la loi depuis 1985 (loi n° 85-772 du 25 juillet 1985). De nombreux psychanalystes exercent ainsi avec un double titre : psychologue clinicien et psychanalyste.

Les instituts de formation des sociétés de psychanalyse

Chaque société de psychanalyse dispose de son propre institut de formation ou de ses séminaires. Ces cursus, d'une durée de quatre à six ans en règle générale, comprennent :

  • Des séminaires théoriques portant sur la métapsychologie freudienne, la technique analytique, la psychopathologie psychanalytique, les grands cas cliniques de la littérature analytique.
  • Des groupes de lecture et d'étude des textes fondamentaux : les œuvres de Freud, de Lacan, de Melanie Klein, de Donald Winnicott, de Wilfred Bion, selon l'orientation de la société.
  • Des présentations cliniques où les candidats exposent leur pratique naissante devant un groupe de pairs et de formateurs.
  • Des conférences et journées d'étude qui permettent de confronter les points de vue et de maintenir un dialogue avec la recherche contemporaine.

La formation théorique ne vise pas seulement l'acquisition d'un savoir académique. Elle poursuit un objectif plus subtil : permettre au futur analyste de s'approprier les concepts en les faisant résonner avec sa propre expérience analytique, de développer une pensée clinique rigoureuse et de cultiver ce que Freud appelait la « libre attention flottante » (gleichschwebende Aufmerksamkeit) — cette capacité d'écoute qui ne s'acquiert pas dans les livres mais dont la théorie éclaire la pratique.

Les principales sociétés de formation en France

Le paysage psychanalytique français est structuré par plusieurs sociétés et associations qui assurent la formation et la reconnaissance des psychanalystes. Chacune porte une histoire, une orientation théorique et des modalités de formation spécifiques. Voici les principales.

La Société Psychanalytique de Paris (SPP)

Fondée en 1926 par Marie Bonaparte, René Laforgue, Rudolph Loewenstein et d'autres pionniers, la SPP est la plus ancienne société de psychanalyse en France. Affiliée à l'IPA, elle se situe dans une tradition freudienne classique, enrichie par les apports de l'école britannique (Klein, Winnicott, Bion) et de la psychanalyse française (Laplanche, Pontalis, Green, de M'Uzan).

La formation à la SPP s'organise autour de l'Institut de Psychanalyse de Paris. Le cursus dure en moyenne cinq à sept ans et comprend une analyse didactique avec un analyste didacticien de la société, des séminaires théoriques et cliniques, ainsi que des supervisions. Le candidat doit présenter un mémoire clinique et passer devant une commission d'habilitation avant d'être reconnu comme membre titulaire.

L'Association Psychanalytique de France (APF)

L'APF a été fondée en 1964, à la suite de la scission qui a vu une partie des membres de la Société Française de Psychanalyse (SFP) — elle-même née d'une première scission de la SPP en 1953 — se séparer de Jacques Lacan pour rejoindre l'IPA. Parmi ses fondateurs figurent Jean Laplanche, Jean-Bertrand Pontalis, Didier Anzieu et Daniel Widlöcher.

L'APF se distingue par une formation qui accorde une place centrale à la liberté de l'analysant dans le choix de son analyste et dans le rythme de sa formation. Affiliée à l'IPA, elle maintient néanmoins un esprit de recherche ouvert, refusant les dogmatismes. La formation y est exigeante, articulant analyse personnelle, séminaires théoriques et supervisions, mais dans un cadre qui se veut moins hiérarchique que celui d'autres sociétés IPA.

L'École de la Cause freudienne (ECF)

L'ECF a été fondée en 1981 par Jacques-Alain Miller, à la suite de la dissolution de l'École Freudienne de Paris (EFP) par Lacan en 1980. L'ECF se situe dans le prolongement direct de l'enseignement de Lacan et constitue la composante française de l'Association Mondiale de Psychanalyse (AMP).

La formation à l'ECF repose sur l'analyse personnelle conduite jusqu'à son terme logique (la passe), la participation aux séminaires cliniques et théoriques de l'école, et l'engagement dans les sections cliniques — des formations ouvertes également aux non-analystes qui souhaitent une initiation à la clinique lacanienne. L'ECF publie la revue La Cause du désir et organise de nombreux colloques et congrès. La procédure de la passe y occupe une place importante comme dispositif d'évaluation de la fin de l'analyse et du passage à la position d'analyste.

L'École de Psychanalyse des Forums du Champ Lacanien (EPFCL)

L'EPFCL, fondée en 1998, rassemble des psychanalystes se réclamant de l'enseignement de Lacan mais ayant choisi une voie institutionnelle différente de celle de l'ECF. Issue d'une série de scissions au sein du mouvement lacanien, l'EPFCL met l'accent sur le travail en forums — des collectifs locaux de psychanalystes — et sur une pratique de la passe qu'elle considère comme essentielle à la transmission de la psychanalyse.

La formation y passe par l'analyse personnelle, la participation aux colloques des forums, les cartels (petits groupes de travail théorique inventés par Lacan) et les séminaires d'école. L'EPFCL insiste particulièrement sur le lien entre formation et engagement communautaire des analystes.

La Société Française de Psychanalyse (actuelle) et autres associations

Au-delà de ces quatre grandes institutions, le paysage français comprend de nombreuses autres associations, parmi lesquelles la Quatrième Groupe (OPLF – Organisation Psychanalytique de Langue Française), fondé en 1969 par Piera Aulagnier, François Perrier et Jean-Paul Valabrega, qui se distingue par son refus de toute affiliation internationale et par son insistance sur l'autonomie du sujet dans sa formation. On peut également mentionner l'Association Lacanienne Internationale (ALI), fondée par Charles Melman, et de nombreux groupes locaux ou thématiques qui contribuent à la vitalité du mouvement psychanalytique français.

La supervision et le contrôle

Le troisième pilier de la formation analytique est la supervision, traditionnellement appelée « contrôle » dans le vocabulaire psychanalytique français. Il s'agit pour le praticien en formation de présenter régulièrement sa pratique clinique — les cures qu'il conduit — à un analyste expérimenté (le superviseur ou « contrôleur ») afin d'en travailler les enjeux transférentiels, techniques et théoriques.

La supervision ne consiste pas en un simple « regard extérieur » sur la technique du praticien. Elle engage un travail en profondeur sur la position subjective de l'analyste dans la cure, sur les effets du transfert et du contre-transfert, sur les impasses cliniques et les moments de passage difficiles. Le superviseur aide le praticien à entendre ce qui lui échappe dans sa propre écoute, à repérer ses points aveugles et à affiner sa capacité d'intervention.

Dans les sociétés affiliées à l'IPA, le contrôle est encadré de manière formelle : le candidat doit conduire au moins deux cures sous supervision, à raison d'une séance de contrôle par semaine ou toutes les deux semaines, pendant une durée minimale de deux à trois ans. Les superviseurs sont des analystes habilités par la société, souvent des membres titulaires formateurs.

Dans les écoles lacaniennes, le contrôle est moins codifié dans ses modalités mais tout aussi valorisé. Le choix du contrôleur est laissé à l'initiative du praticien, et la durée n'est pas prédéterminée. L'accent est mis sur la dimension éthique de la supervision : il ne s'agit pas de « bien faire » selon des standards techniques, mais de maintenir une position de non-savoir qui permette à l'analysant de trouver sa propre voie.

La supervision se poursuit généralement bien au-delà de la période de formation initiale. De nombreux psychanalystes expérimentés continuent de présenter des cas en supervision tout au long de leur carrière, considérant cette pratique comme une hygiène professionnelle indispensable et un lieu de formation continue.

Le titre de psychanalyste : une profession non réglementée

En France, le titre de psychanalyste n'est pas protégé par la loi. Contrairement aux titres de psychologue (protégé depuis la loi du 25 juillet 1985) et de psychiatre (qui suppose un doctorat en médecine suivi d'une spécialisation), le titre de psychanalyste n'est soumis à aucune condition légale de diplôme ou de formation.

Cette situation, source de débats récurrents, a connu un tournant majeur avec l'amendement Accoyer de 2003, qui visait initialement à réglementer l'exercice de la psychothérapie et, par extension, à encadrer la pratique psychanalytique. Après de vives controverses au sein de la communauté analytique et de la société civile, la loi du 9 août 2004 (article 52) a finalement réglementé le titre de psychothérapeute (et non celui de psychanalyste), en exigeant une formation en psychopathologie clinique et une inscription au registre national des psychothérapeutes auprès de l'Agence Régionale de Santé (ARS).

Le décret du 20 mai 2010 est venu préciser les conditions d'usage du titre de psychothérapeute. Il prévoit que les psychanalystes « régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations » peuvent bénéficier d'une dispense partielle de formation pour obtenir le titre de psychothérapeute, reconnaissant ainsi implicitement la spécificité de leur parcours. En pratique, de nombreux psychanalystes exercent sans le titre de psychothérapeute, se prévalant uniquement de leur appartenance à une société de psychanalyse reconnue.

La question de la garantie offerte au public reste ouverte. En l'absence de réglementation du titre, c'est l'appartenance à une société de psychanalyse qui fait office de label de qualité. Les annuaires publiés par la SPP, l'APF, l'ECF, l'EPFCL et les autres associations constituent pour le public le principal moyen de vérifier que le praticien a effectivement suivi une formation reconnue par ses pairs.

Psychanalyste vs psychologue vs psychiatre : formations comparées

La confusion entre psychanalyste, psychologue et psychiatre est fréquente dans le grand public. Ces trois métiers relèvent pourtant de formations et de cadres légaux très différents.

Le psychiatre

Le psychiatre est un médecin qui a suivi le cursus complet des études médicales (six ans de tronc commun) avant de se spécialiser en psychiatrie durant l'internat (quatre à cinq ans supplémentaires depuis la réforme du troisième cycle en 2017). Il est le seul des trois professionnels à pouvoir prescrire des médicaments (antidépresseurs, anxiolytiques, neuroleptiques) et à poser des diagnostics médicaux. Les consultations psychiatriques sont remboursées par l'Assurance Maladie. Certains psychiatres se forment également à la psychanalyse et exercent comme psychiatres-psychanalystes.

Le psychologue

Le psychologue est titulaire d'un Master en psychologie (bac + 5), obtenu à l'université. Le titre est protégé par la loi du 25 juillet 1985 et son usage est contrôlé par l'enregistrement auprès de l'ARS avec attribution d'un numéro ADELI (remplacé progressivement par le RPPS). Le psychologue clinicien peut exercer en institution (hôpital, CMP, PMI) ou en libéral. Depuis 2022, le dispositif MonParcoursPsy (rebaptisé Mon soutien psy) permet un remboursement partiel des séances de psychologue en libéral, sous certaines conditions. Le psychologue ne prescrit pas de médicaments.

Le psychanalyste

Le psychanalyste, comme nous l'avons vu, ne dispose d'aucun titre protégé par la loi. Sa formation repose sur le triptyque analyse personnelle – formation théorique – supervision, validé par une société de psychanalyse. En pratique, la grande majorité des psychanalystes en exercice en France sont également psychologues ou psychiatres, ce qui leur confère un cadre légal pour l'exercice de la psychothérapie. Les séances de psychanalyse en libéral ne sont pas remboursées par l'Assurance Maladie (sauf lorsque le praticien est psychiatre conventionné), ce qui constitue un enjeu d'accessibilité majeur.

Tableau comparatif

Critère Psychiatre Psychologue Psychanalyste
Formation Médecine + spécialisation (10-11 ans) Master en psychologie (5 ans) Analyse personnelle + institut (10-15 ans)
Titre protégé Oui Oui (depuis 1985) Non
Prescription Oui Non Non
Remboursement Oui (Assurance Maladie) Partiel (Mon soutien psy) Non (sauf si psychiatre)
Cadre de référence Médical et biopsychosocial Psychologique (divers courants) Psychanalytique (inconscient, transfert)

Les enjeux actuels de la formation analytique

La formation du psychanalyste en France fait face aujourd'hui à plusieurs défis majeurs qui interrogent son avenir et sa capacité d'adaptation.

La question de l'évaluation et de la scientificité

Depuis le rapport de l'INSERM de 2004 sur l'évaluation des psychothérapies, qui plaçait les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) en position favorable par rapport aux thérapies psychodynamiques, la psychanalyse fait l'objet de critiques récurrentes quant à son efficacité thérapeutique et à la scientificité de ses fondements. Les formations analytiques doivent aujourd'hui intégrer une réflexion sur l'évaluation clinique, sur le dialogue avec les neurosciences et sur la production de données probantes (evidence-based), sans pour autant renoncer à la spécificité de leur approche. Des études récentes, comme celles publiées dans l'American Journal of Psychiatry ou dans JAMA Psychiatry, ont cependant montré l'efficacité des thérapies psychodynamiques de longue durée, notamment pour les troubles de la personnalité et les dépressions chroniques.

L'accessibilité et la diversité

La formation analytique reste un parcours long et coûteux. Le prix des séances d'analyse personnelle (entre 40 et 100 euros par séance, à raison de trois à quatre séances par semaine pendant des années), des frais de formation dans les instituts, et le coût de la supervision représentent un investissement considérable. Cette réalité économique pose la question de l'accessibilité sociale de la profession : qui peut se permettre de devenir psychanalyste ? Certaines sociétés ont mis en place des dispositifs de solidarité (ajustement des tarifs, bourses) pour élargir le recrutement, mais l'enjeu demeure.

Par ailleurs, la question de la diversité au sein de la communauté analytique se pose avec une acuité croissante. Les réflexions sur les enjeux de genre, sur les discriminations et sur l'ouverture à des publics historiquement peu représentés dans les sociétés de psychanalyse font partie des débats contemporains.

Le numérique et les nouvelles modalités de pratique

La pandémie de Covid-19 a constitué un accélérateur imprévu pour la pratique analytique à distance. Si la téléconsultation était auparavant regardée avec méfiance par la majorité des analystes, les confinements de 2020 et 2021 ont contraint nombre d'entre eux à poursuivre les cures par visioconférence ou par téléphone. Cette expérience a ouvert un débat de fond sur la possibilité d'un transfert analytique en l'absence de la co-présence physique, et sur les modifications que le dispositif numérique impose au cadre de la cure. Certains instituts de formation intègrent désormais une réflexion sur ces nouvelles modalités dans leurs cursus.

La transmission entre générations

Le vieillissement des psychanalystes de la génération fondatrice — ceux qui ont connu directement l'enseignement de Lacan ou qui ont été formés par les élèves directs de Freud — pose la question de la transmission. Comment transmettre non seulement un savoir théorique, mais une expérience clinique et un style d'écoute qui se sont forgés dans des contextes historiques et institutionnels singuliers ? Les sociétés de psychanalyse sont confrontées au défi du renouvellement générationnel, dans un contexte où les vocations analytiques semblent moins nombreuses qu'il y a trente ou quarante ans.

Le dialogue avec les autres disciplines

La formation analytique contemporaine ne peut plus se penser en vase clos. Le dialogue avec les neurosciences affectives (les travaux de Mark Solms, d'Antonio Damasio ou de Jaak Panksepp), avec la philosophie de l'esprit, avec l'anthropologie et avec les études culturelles enrichit la réflexion psychanalytique et ouvre de nouvelles pistes de recherche. Des initiatives comme le mouvement de la neuropsychanalyse, porté par la revue Neuropsychoanalysis fondée en 1999, tentent de jeter des ponts entre l'exploration de l'inconscient et la connaissance du cerveau.

En définitive, la formation du psychanalyste en France reste un parcours exigeant, singulier et profondément engageant. Si ses modalités varient selon les sociétés et les orientations théoriques, son noyau demeure inchangé depuis plus d'un siècle : nul ne peut accompagner autrui dans l'exploration de son inconscient sans avoir d'abord fait, pour soi-même, l'expérience radicale de la parole analytique. C'est cette exigence éthique — plus que tout diplôme ou toute accréditation — qui fonde la légitimité du psychanalyste et qui continue de distinguer la psychanalyse comme une aventure de connaissance sans équivalent.

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